Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de dépression, à travers mon propre témoignage de ce que je pense être une dépression post-partum tardive. Peut être pourrait on l’appeler dépression maternelle aussi. Ce qui est sur c’est que ce mouvement dépressif est étroitement lié aux transformations intenses qu’implique la matrescence. Et que beaucoup de mères ressentent des symptômes dépressifs bien après la première année post natale.

Lorsque l’on évoque la dépression post-partum, on souligne d’abord sa différence avec le baby blues. On liste les symptômes : sentiment de profonde tristesse, incapacité à s’occuper de son enfant correctement, épuisement permanent, troubles du sommeil ou de l’appétit, anxiété, sentiment de dévalorisation, culpabilité… Et on ajoute que la dépression post-partum se déclare à n’importe quel moment dans la 1ère année suivant l’accouchement.

Et si elle pouvait se déclencher bien après ? Que fait-on des parents qui se reconnaissent dans ces symptômes 2, 3 ou 4 ans après la naissance ?

Selon Anna Roy, le post-partum “dure 3 ans“. Trois ans pour renaître, intégrer pleinement toutes les transformations qui se sont opérées dans nos corps, nos cerveaux, nos coeurs, nos âmes. Et si certaines d’entre nous, pour achever cette métamorphose, avaient besoin de sombrer ? Comme un dernier plongeon pour aller (enfin) fermer le vortex qui s’est ouvert à la naissance ?

Quelques études émergent à ce sujet, étudiant la santé mentale des mères pendant les 4 premières années suivant leur accouchement. Une étude sur 1507 femmes montre que 14,5 % des mères présenteraient des symptômes dépressifs 4 ans après l’accouchement.

Cela m’attriste profondément, autant que cela me met en colère. Car je constate chaque jour à quel point notre société ne répond pas aux besoins des bébés, des enfants, et des jeunes parents.

Dépression post partum tardive

Mon témoignage.

J’ai sombré.

Après deux ans et demi d’une matrescence intense, entre thérapie, reconversion et nuits hachées, j’ai sombré. La fatigue s’est installée, plus puissante que jamais. Une envie irrépressible de dormir, le sommeil était mon refuge. Chaque journée était une montagne à gravir, et à peine levée, j’étais déjà à genoux. Et souvent des larmes inondaient mes joues. J’ai lutté quelques temps, puis j’ai compris. Elle s’installait doucement, cette brume sombre et glacée qui empêche d’avancer. Cette dépression passagère, nuage noir éphémère.

Mais alors que faire ?

J’ai voulu faire appel à la sagesse des plantes, mais l’écosystème familial était trop fragile pour attendre et voir si mon corps allait répondre à la magie de l’herboristerie. Non sans mal, je me suis résolue à faire appel à la puissance de la chimie. Je l’aime aussi la chimie, mais avec parcimonie. L’idée d’avaler chaque soir un cachet pour effacer mes idées noires et retrouver mon énergie a été dure à accepter.

Et puis un soir, j’ai pris ma première dose. Quelques semaines après, je réalisais avec un peu d’effroi que je ressentais à nouveau de la joie à l’idée d’aller chercher mon fils le soir. De la joie !

J’étais donc sur la bonne voie !?

J’ai stoppé les réseaux sociaux. J’ai continué à envoyer mes jolies box, à répondre à mes adorables clientes. A me former aussi, sur la magie du rebozo, entre femmes vulnérables et puissantes. J’ai commencé à m’exercer, sur des amies, et j’ai adoré ces moments de doux bercements. J’ai ralenti, beaucoup.

J’ai mis le peu d’énergie qui revenait au service de nos projets de famille : une maison à construire, un appartement à vendre, un autre à louer. Déménager. Et entre temps, des vacances dans les Vosges, douces et paisibles.

La rentrée s’est bien passée. Mon corps qui était si froid demande enfin à bouger, les énergies (re)circulent, je (re)découvre le plaisir de pratiquer le yoga, passer du temps avec mon fils est une joie ! Je reconnecte avec les gens que j’aime et qui comptent pour moi. Je recrée les liens que j’avais sciemment coupé, et je remercie la chimie en espérant pouvoir bientôt la quitter !

Depuis dix jours, j’ai baissé ma dose quotidienne, le moral est toujours bon, et l’énergie ne cherche pas à s’échapper. Mes anti-dépresseurs, ce sont mes béquilles. Celles qui me permettent de réapprendre à marcher. Je profiterai de l’énergie du printemps pour arrêter. Et ensuite je prendrai le temps d’intégrer la guérison par le corps, par des soins énergétiques, un rituel rebozo et d’autres pratiques que je n’ai pas encore explorées.

Je reviens ici, des idées plein la tête, des projets plein le cœur, et l’envie de continuer à partager cette aventure avec vous.

J’ai envie de revenir sur les réseaux transmettre, échanger, débattre. De parler des naissances, de patriarcat, de féminisme, de post-partum, de notre nature cyclique, d’écologie, de maternage proximal, d’éco-parentalité, des nouveaux paradigmes qui se dessinent. De m’insurger, de crier ma joie, ma colère, de me sentir reliée, de (co)créer.

Réflexion : Peut-on parler de sa dépression quand on est entrepreneur ?

J’ai tellement hésité à vous parler de ma dépression ! Et pourtant… je plaide au quotidien pour libérer la parole sur la santé mentale, en particulier des jeunes parents.

Mais en tant qu’entrepreneure, je me suis posé mille questions. Quand on vend des produits, des services, est-ce qu’on peut parler de sa santé mentale ? Des difficultés qu’on traverse ? Est-ce que cela fera de moi quelqu’un en qui on aura moins confiance ? Avec qui on aura peur de travailler ? Est-ce que mes clientes auront moins confiance en mon produit ? Mes fournisseurs moins confiance en ma capacité à développer mon activité ?

Bien sûr que mon activité a pâti de ma dépression.

J’ai presque tout mis sur pause : la communication, le développement, les projets…

J’ai juste gardé l’énergie suffisante pour faire mes box, toujours avec autant d’amour et de gratitude, les emballer, écrire des mots personnalisés, les envoyer, et répondre aux demandes de mes clientes.

Alors oui, peut-être que parler de ce que j’ai traversé aura des répercussions négatives sur mon activité. Mais je suis entière. Je ne sais pas faire autrement. Et j’ai toujours voulu que mon activité soit à mon image : authentique.

Je prône la bienveillance envers les autres, mais aussi envers soi-même. J’ai envie qu’on puisse tout.e.s accepter nos parts d’ombres et de lumière, notre puissance et notre vulnérabilité. J’ai à cœur de faire exploser les tabous, mettre les pieds dans le plat, quitte à faire trembler un peu l’image que les autres ont de moi.

Et comme toute épreuve, j’en ressors grandie.

Une dépression nous apprend à accepter notre humanité, nous met devant le fait que l’on n’est pas infaillible. Elle nous apprend à ralentir, à creuser un peu plus dans son histoire, à achever une immense transformation. Elle nous apprend à accepter de recevoir, à nous donner du temps, à exister au-delà des rôles qui nous sont donnés. Elle nous apprend à rebondir, à mettre notre égo de côté. Elle nous apprend à nous écouter, vraiment. A prendre soin de soi ou même ne rien faire, sans culpabiliser.

Elle nous apprend à passer le relais, à profiter des petites joies quotidiennes, à célébrer chaque victoire, à savourer ce que l’on a déjà. Elle nous apprend à cultiver les liens, à les nourrir, les réparer. A prendre soin de soi et des autres.

Alors peut on parler de sa santé mentale quand on est entrepreneur.e ?

Oui bien sûr qu’on peut. Ne serait-ce que pour libérer la parole. Et se faire du bien, car parler, c’est déjà guérir un peu. Est-ce que cela aura des répercussions sur nos business ? Sûrement. A chacun.e d’y réfléchir et de prendre la meilleure décision en fonction de sa situation.

Il y a quelques jours j’ai vu une story de Clémentine Sarlat @lamatrescence qui montrait sa boite d’anxiolytiques, en disant que c’était aussi ça, sa réalité.

Merci Clémentine. Merci à toutes celles et ceux qui osent démonter les tabous, qui osent montrer leur fragilité intérieure. Merci de montrer de temps à autre, l’envers du décor de la maternité, de l’entrepreneuriat, de ces deux vies qui se mélangent parfois (souvent ?) dans un cocktail détonnant.

Et vous, est ce que ça vous parle ce portail des 3, 4 ans ? Est ce que vous avez déjà ressenti des symptomes dépressifs, est ce qu’ils ont duré dans le temps ? Qu’avez-vous fait pour entrer sur le chemin de la guérison ?

❤️