Cette introduction au monde de la naissance se veut franche, directe et sans paillettes. Elle explique l’influence du patriarcat sur la représentation du corps de la femme et comment l’accouchement est devenu un acte de soumission. La lecture de ce passage peut être rude, mais je pense qu’elle est nécessaire pour entamer un processus de déconstruction et reprendre le pouvoir sur sa maternité. Mon intention avec ces lignes est avant tout de raviver la flamme de votre puissance sacrée. Si besoin, prenez un temps après la lecture pour déposer vos émotions ou échanger avec un proche sur le sujet.

Le patriarcat se définit comme “une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes, à l’exclusion explicite des femmes” (Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Presses universitaires de France, 1991).

Françoise Héritier, une anthropologue qui a longtemps travaillé sur les origines de la domination masculine, explique dans ses travaux comment les femmes sont devenues des « marmites à bébés », fécondées par le sperme masculin, dès lors que les hommes ont réalisé le lien entre le rapport sexuel et la mise au monde de leur descendance. Depuis, le corps des femmes est mis à disposition des hommes, et tout est fait pour déconnecter les femmes de leur puissance sacrée.

LE CORPS DES FEMMES : SOUMIS ET DÉFAILLANT

Le corps des femmes est devenu un objet ultra sexualisé devant répondre à des normes sociales patriarcales (créées pour satisfaire le désir sexuel des hommes). Les femmes grandissent déconnectées de leur corps, dans l’ignorance de leur sacralité cyclique (« cette pilule est géniale, en la prenant j’ai plus mes règles »), et méconnaissant son fonctionnement (le clitoris apparaît dans les manuels scolaires en 2017). La société entière met tout en œuvre pour que la femme pense son corps comme un objet défaillant, jamais assez bien, et soumis aux hommes. Et cette représentation atteint son paroxysme lors de la grossesse et l’enfantement.

La surmédicalisation de la grossesse et de l’enfantement part d’une prémisse patriarcale bien ancrée dans le paradigme médical : la femme ne serait pas capable de mettre au monde son bébé sans l’assistance d’un professionnel de santé, expert de la naissance, oubliant ainsi des millénaires d’histoire des naissances. La culture patriarcale s’immisce dans tout le parcours d’une femme enceinte : touchers vaginaux non consentis, dénigrement du corps de la femme : « votre bassin est trop petit », « votre col est incompétent », « c’est du faux travail madame », jusqu’à la bouche même de celle qui enfante qui dira après la naissance « je ne remercierai jamais assez mon médecin qui m’a accouchée » !

ACCOUCHER : LA SOUMISSION ULTIME

Dans l’histoire de la naissance, les sages-femmes ont été persécutées, privées de savoir et de transmission, traités d’incompétentes et déconsidérées par les médecins, hommes savants. Ces médecins « accoucheurs », souvent chirurgiens, et qui jusqu’alors n’étaient appelés qu’en cas d’accouchement compliqué, commencent à s’intéresser aux accouchements physiologiques. Mais à cette époque, les femmes enfantent essentiellement à domicile et la présence d’un médecin coûte cher, et n’est donc pas systématisée.  En revanche, après la 2nde guerre mondiale, la découverte des antibiotiques transforment les hôpitaux en un lieu sûr pour accoucher. Au même moment, il est décidé que l’accouchement à l’hôpital serait remboursé, ce qui permet aux familles de pouvoir bénéficier gratuitement de la présence de ces hommes savants. Et les techniques médicales de gestion de la douleur proposées à l’hôpital finissent par convaincre de nombreuses femmes. 

Très vite, l’accouchement en structure hospitalière se généralise, et sous l’influence d’une logique capitaliste de rentabilité, et de la prémisse patriarcale du paradigme médical (la femme n’est pas capable de mettre au monde son bébé) commence l’industrialisation des naissances, avec la nécessité de médicaliser et de standardiser l’acte d’enfanter. Les femmes sont alors priées de s’allonger sur le dos, les jambes en l’air pour le confort du médecin. On adopte alors une vision pathologique de l’enfantement, dans laquelle le corps défaillant de la mère doit être sauvé par la médecine moderne. La physiologie et les savoirs ancestraux sont oubliés. Les formations des sages-femmes se construisent sur la peur « du pire » et se concentrent essentiellement sur la gestion des risques et la pathologie. On leur apprend qu’il vaut mieux « en faire trop que pas assez » alors que la sagesse serait d’« éviter tout ce qui n’est pas absolument indispensable » (Michel Odent). L’exception (accouchement pathologique) devient la règle, sans que les experts de la naissance ne se rendent compte que c’est souvent la perturbation de la physiologie qui entraine une cascade d’interventions mettant en danger la mère et son bébé.

Le patriarcat dans le monde des naissances est partout. Dans les mains des sages-femmes qui évoluent malgré elles dans ce système qui les aliène jusqu’à accepter d’être maltraitée et de maltraiter à leur tour leurs protégés : la mère et son nouveau-né. Dans nos cicatrices, dans nos vulves et nos ventres trop souvent coupés, fouillés, touchés, souvent sans consentement, sous couvert de protocoles hospitaliers. Le patriarcat va jusqu’à retirer aux femmes leur liberté de choisir où elles souhaitent enfanter, avec qui, et dans quelle position. Il prend le contrôle sur nos corps et va jusqu’à nous interdire de boire et de manger, en osant dire que c’est pour notre propre sécurité ! Le patriarcat a réussi à faire de l’enfantement un acte de soumission ultime en lieu et place d’une expérience transformatrice où s’exprime toute la puissance sacrée de la femme. Il est maltraitant, violent et liberticide.

RÉCLAMONS NOS DROITS ET NOS LIBERTÉS

Femmes, familles, sages-femmes, doulas : réclamons le retour de la sacralité de la naissance, notre liberté de choix, notre droit au respect. Réclamons d’être célébrées pour donner la vie et accompagner celles qui la donnent ! Réclamons le retour de la femme sage, authentique, gardienne de la physiologie. Et ayons la sagesse de remercier la science qui sauve celles et ceux qui n’auraient pas survécu, tout en condamnant les abus de la reine médecine patriarcale, les actes de violence et les interventions inutiles mettant en danger celles et ceux pour qui tout se serait bien passé.