Comment le système rend nos corps défaillants. Réflexion sur l’injection d’ocytocine systématique pour faire sortir le placenta en structure hospitalière.

Ah cette fameuse délivrance dirigée où on injecte un peu de syntocinon, et on tire doucement sur le cordon. Pendant ma grossesse, PERSONNE ne m’a jamais parlé de ce protocole. Ni ma sage-femme libérale, ni les trois sages-femmes rencontrées à la maternité pendant mes derniers rdv. Ni les sages-femmes que j’ai vu le jour J, en maternité niveau 3. PERSONNE. J’ai accouché sans péridurale, on m’a posé mon bébé sur le ventre et on m’a dit : “Je vais vous mettre un peu d’ocytocine, pour prévenir tout risque d’hémorragie, ok pour vous ?” J’étais encore loin entre les mondes, j’étais pas retournée dans mon corps physique. J’avais tellement poussé à cause du stress de l’équipe que mes oreilles bourdonnaient. “Oui oui, maintenant qu’il est sorti…” J’ai juste pensé à ça : “pas de syntocinon pour mon bébé, mais pour moi, faites ce que vous voulez, surtout qu’on me laisse vite tranquille après, je veux savourer ce moment

Puis après, j’ai lu, je me suis renseignée. Et ça m’a mise tellement en colère qu’on ne m’ait rien dit ! Pourquoi on m’en a jamais parlé ? Pourquoi y’a plein de femmes qui savent même pas qu’on leur a injecté de l’ocytocine ? J’ai longtemps pensé que si j’avais su, j’aurais refusé. J’aurais dit non à cette injection toute pourrie de truc synthétique alors que mon sang et mon cerveau débordaient littéralement d’ocytocine naturelle après avoir enfanté.

Et puis j’ai lu encore. J’ai échangé avec des sages-femmes, avec des femmes et des doulas. J’ai fait des séminaires et des formations. Et j’ai compris qu’en fait, le meilleur des choix pour moi à ce moment là, c’était probablement de la prendre cette fichue ocytocine.

Et je vais vous expliquer pourquoi.

J’ai d’abord écouté Karine (Quantik Mama) parler de cette incroyable expérience transcendante qu’est de mettre au monde son placenta, sous sa propre autorité hormonale. Et parler de femmes qui mettaient souvent jusqu’à une heure pour expulser leur placenta.

Puis j’ai relu les protocoles dans les maternités : délivrance dirigée, 30min maximum pour que le placenta sorte, avec injection d’ocytocine et traction du cordon. J’ai souvent entendu parler aussi de l’hémorragie du post-partum comme la bête noire des équipes médicales, imprévisible, effrayante, et parfois mortelle.

Puis dans divers séminaires, j’ai compris les vrais besoins d’une femme qui enfante, j’ai compris ce qu’il fallait faire (et ne pas faire) pour ne pas perturber la physiologie, pour protéger l’espace sacré de l’enfantement.

J’ai vu également le documentaire “Faut pas pousser” de Nina Narre, dans lequel Michel Odent dit : “Si ces conditions ne sont pas réunies (i.e : si les besoins de la femme qui enfante ne sont pas respectés), il est certainement préférable d’injecter un médicament pour contracter l’utérus au moment de l’arrivée du bébé pour la délivrance du placenta“.

Et j’ai compris. J’ai compris que dans cet hôpital de niveau 3, mes besoins de femme qui enfante n’étaient pas respectés. Que malgré le sans péri, la physiologie avait été perturbée. Certains diront qu’elle a été perturbée dès que je suis sortie de chez moi pour me rendre à la maternité. De mon expérience personnelle, je sais que tout a basculé au moment d’aller en salle de naissance. Ce moment où je n’avais plus besoin de personne mais où tout le monde s’est senti obligé de venir me sauver.

Et aujourd’hui j’ai compris. J’ai compris que les quatre fers en l’air, entourée d’inconnus qui pensent “hémorragie”, mon bébé clampé puis arraché pour être pesé, les yeux éblouis par les néons, j’ai compris que je n’aurais peut-être pas pu le faire sans syntocinon. Que le système avait rendu mon corps défaillant. Il a éteint la musique sur laquelle dansaient gaiement mes hormones de femme en plein enfantement.

Alors voici ce que je pense aujourd’hui : 

L’injection de syntocinon pour la délivrance (dans la majorité des cas de grossesses à bas risques) c’est une intervention médicale visant à palier la perturbation de la physiologie par les équipes et les protocoles médicaux, à palier l’absence de moyens humains dans nos structures hospitalières, et dont la systématisation prend racine dans la culture patriarcale de la médecine.

Je pense que l’injection d’ocytocine synthétique en maternité est souvent (malheureusement) nécessaire :

  1. Car la physiologie n’est jamais vraiment respectée en structure hospitalière. Le plus souvent, elle est perturbée, or pour une délivrance naturelle il faut que la femme soit en mesure de sécréter la plus importante décharge d’ocytocine naturelle de sa vie ! Être dans la pénombre, dans le silence, ne pas se sentir observée, contact en peau à peau, tétée d’accueil… le tout sans aucune distraction. La mère doit pouvoir faire son retour à son rythme, découvrir son bébé à son rythme. La bulle parents nouveau-né doit être protégée.
  2. Car les protocoles ne sont pas en phase avec les normes physiologiques comme on peut le constater avec le fait qu’en maternité on attend 30min maximum alors que dans une population à bas risque, le placenta met plutôt 30min en MOYENNE à être expulsé (voir les chiffres 2020 de l’apaad). Alors si au bout de 30min, sans syntocinon, les équipes commencent à s’affoler et tirent quand même doucement sur le cordon par exemple, ça peut vite être la cata (je tire cet exemple d’une discussion avec une sage-femme).
  3. Car les conditions de travail (misérables) actuelles des équipes médicales à l’hôpital ne permettent pas de respecter la physiologie, d’attendre une heure que le placenta sorte, elles ne permettent pas de respecter l’heure d’or.
  4. Car le paradigme médical est encore imprégné d’une culture patriarcale qui voit nos corps comme des “marmites à bébés” cassées…

Evidemment, je trouve tout ça d’une tristesse infinie. Evidemment que j’aimerais qu’on puisse respecter les besoins d’une femme qui enfante à l’hopital, qu’on laisse la chance aux femmes de sécréter ce “cocktail d’hormones de l’amour” (Michel Odent) qui fait naître les bébés et les placentas. Mais la réalité fait que la physiologie est rarement respectée à 100% en structure hospitalière, et qu’il vaut mieux, selon moi, accepter l’injection d’ocytocine pour faciliter la délivrance du placenta.

J’ai envie d’ajouter que pour faire changer un peu les choses, il est de notre responsabilité en tant que femmes et personnes avec un utérus, de ramener ces sujets de discussion en consultation. Vous pourrez peut être semer une graine, et même peut être convaincre les équipes d’essayer : ok pour l’injection, mais est ce qu’on peut m’accorder 30, 40min au calme pour tenter d’expulser mon placenta, et m’injecter le synto après la délivrance ? Est ce qu’on peut attendre que bébé soit posé sur mon ventre pour recevoir l’injection ? Etc.

Pour conclure, j’aurais aimé que ma sage-femme me dise tout ça. Qu’elle me dise : “Tu sais, ton corps est capable de faire naitre tout seul ton placenta. Mais à l’hôpital, c’est difficile de réunir les conditions propices à la décharge hormonale nécessaire à la délivrance naturelle, alors on préfère faire une injection préventive d’ocytocine synthétique. Mais tu as toujours le choix, c’est toi qui décides.

 

J’expose ici mes connaissances, et mon avis de plus en plus éclairé sur la question, mais si vous pensez que ma réflexion manque encore un peu de lumière : n’hésitez pas à ouvrir le débat en commentaire !